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L’économie autrement : un colloque organisé par Alternatives économiques

Le magazine Alternatives économiques a organisé les 25 et 26 novembre 2016 à Dijon un colloque intitulé « Les journées de l’économie autrement »

Ce colloque organisé en partenariat avec de nombreux acteurs de l’ESS (voir la liste des partenaires ici). a réuni environ 2000 personnes, venues de tout le pays et même de l’étranger, sont passées au total durant ces deux jours dans les différents lieux où se tenaient plénières, tables rondes et ateliers.


Au cours de la table ronde inaugurale, Marie-Guite Dufay, présidente de la région Bourgogne-Franche-Comté, a notamment mis l’accent sur le rôle majeur des régions pour soutenir le développement de l’ESS en se mettant à l’écoute des acteurs du territoire et en évitant l’écueil de projets parachutés sans réelle consultation des citoyens.

La question de la co-construction des politiques publiques a été abondamment évoquée par la secrétaire d’État à l’ESS Martine Pinville mais plus particulièrement au cours d’une plénière ’Relocaliser l’économie » à la fois par Odile Kirchner, déléguée interministérielle à l’ESS ou Patricia Andriot vice présidente du RTES ( Réseau des collectivités territoriales pour l’économie solidaire ,membre du RIPESS EU).

La plénière « Entreprendre autrement » rassemblait Benoit Hamon ancien ministre de l’économie sociale et solidaire et à la consommation (actuellement candidat à la primaire présidentielle) qui a organisé la mise en œuvre de la loi de juillet 2014 et Jean-Marc Borello, initiateur du MOUVES et soutien déclaré à Emmanuel Macron : deux conceptions relativement éloignées de L’ESS. Citons Benoit Hamon « dire qu’on aime l’entreprise, c’est absurde, dans l’entreprise il y a des requins et des sardines ». Le modèle de l’ESS revendique la tempérance et le long terme par opposition au retour sur investissement rapide pratiqué par la spéculation financière qui mine l’économie ultra libérale.

Dans la plénière « Réussir la transition énergétique », Matthieu Richard (Enercoop) considère que le recours aux énergies renouvelables est inéluctable parce que le coût du mégawatt d’ER est désormais 3 fois moins cher que les fossiles. Par ailleurs, le coût du démantèlement des centrales est très sous-estimé et l’est d’autant plus qu’en réalité la maîtrise de la technique pour le faire n’est pas acquise. De sorte que la solution actuelle est de prolonger l’utilisation des centrales au delà des 40 années prévues initialement. En Europe, la France, à cause du « boulet » nucléaire a pris un gros retard dans la transition écologique.

Au cours de la plénière « Démocratiser l’entreprise, démocratiser la société, Loîc Blondiaux professeur de science politique à l’université de Paris a insisté sur la nécessité de changer les modes d’éducation fondés sur la compétition, l’humiliation, et favorise un clivage entre les milieux et une certaine arrogance des élites. Ces phénomènes induisent une absence de confiance, confiance en soi, confiance dans les autres. Il serait nécessaire selon lui de procéder au tirage au sort des mandatés, multiplier les outils d’une ingénierie de la participation le tout soutenu par une vraie exigence de démocratie.

Il y a eu une remise de prix récompensant des initiatives considérés comme exemplaires :
ECCOFOR - ECOUTER COMPRENDRE FORMER (Dole), ALTER&COOP (Lons-le-Saunier), - ASSOCIATION VELOCAMPUS (Besançon), LA BECANE A JULES (Dijon) et prix spécial du Jury (avec un montant inférieur hélas) pour SOLIDARITE FEMMES 21 (soutien aux femmes victimes de violence pour accéder à une thérapie spécifique).

Edgar Morin n’ayant pu se déplacer pour honorer de sa présence la plénière de clôture, il avait chargé Patrick Viveret (philosophe) de lire un texte intitulé « Changeons de voie, changeons de vie » « Nous sommes innombrables mais dispersés, à supporter de plus en plus difficilement l’hégémonie du profit, de l’argent, du calcul (statistiques, croissance, PIB, sondages) qui ignorent nos vrais besoins ainsi que nos légitimes aspirations à une vie à la fois autonome et communautaire.
Nous sommes innombrables mais séparés et compartimentés à souhaiter que la trinité Liberté
Egalité Fraternité devienne notre norme de vie personnelle et sociale et non le masque à la
croissance des servitudes, des inégalités des égoïsmes. » (voir l’intégrale ici.
Viveret nous a exhortés à adopter la » stratégie érotique mondiale » , c’est à dire redonner à la « valeur » son étymologie originelle « force de vie », en finir avec l’obsession compétitive, rappelant qu’il n’y a pas d’intelligence sans désir et que l’intelligence émotionnelle a une importance au moins égale à la rationalité stricte.

Enfin Cynthia Fleury philosophe et psychanalyste a souligné que nous étions des êtres vibratoires dans un univers vibratoire, que ce qui combat l’angoisse c’est l’engagement. Il s’agit d’inventer une citoyenneté capacitaire , le revenu d’existence étant sans doute une option pour favoriser l’individuation des personnes, à distinguer de l’individualisme. C’est la garantie d’une démarche permettant de sortir du triptyque avidité / durcissement des cœurs / dérèglement du langage qui font le lit des sociétés dépressives propices aux dominations autoritaires. L’état de droit ne peut fonctionner que si les citoyens sont individués et autonomes tout en étant conscient de la solidarité indispensable à la qualité de la vie sociale.

Article rédigé par Josette Combes. Vice Présidente du MES et Présidente de Novetat’